Quand certains voient le sablier de la vie s'écouler, c'est le début du grand ensablement sous la couette des souvenirs. C'était mieux avant. Nostalgie, mélancolie, momies en sieste éternelle.
Sixpack, fidèle à son épigraphe -on dormira quand on sera mort- retourne juste ce sablier avec l'impatience des prochains chapitres.
Mais dans ce geste de relancer, arrêt.
Pause.
Réminiscences de la fureur des débuts, les raves originelles et les conneries d'avant.
Ce temps sans adsl, l'unique maison de la presse pour dénicher The Face et surtout le NME ou le Melody Maker.
Chasse provinciale des derniers disques inconnus du Parisien moyen : rock indé, pop bizarre, rap évidemment et électro forcément.
Aphex Twin et Mo'Wax et Grand Royal et le Wu Tang et Tortoise et Stereolab.
Graffiti à foison, fratrie indélébile, rigolades et adrénaline, cette monobsession va marquer pour toujours le futur Sixpack.
En 1998, on sait qu'on est à l'avant-garde, on sent qu'un jour ils comprendront ; en 2008, c'est fait.
1998, fini de rigoler, marre de la débrouille et des embrouilles, la première boutique Sixpack s'ouvre.
Premier sablier retourné, bienvenue dans l'âge adulte.
Pas de business plan, aucun entregent de fils à son papa.
On plante ses graines en labourant dur un terrain pas vraiment fertile.
Cette première boutique à côté des filles de joie à l'ancienne devient vite un petit carrefour bien connu. Writers, dj's, d'Avignon ou de Paris, tout le monde y passe.
Amitiés naissantes, de futurs grands noms encore inconnus entrent dans la famille.
Déménagement, dans un bel espace de pierres et de poutres.
Concept store sans le concept, pour montrer toutes les facettes d'une même éthique. Vitrine pour les marques qui traduisent une même esthétique.
Reconnaissance et désillusions, développement et rebondissements, fin de l'apprentissage.
Lucidité professionnelle et plaisir personnel : pour le fun et la com', deux en un, le premier t-shirt Sixpack est produit. Rollerball en visuel, référent et message inconscient : ça va cogner, ça va suer, ça va saigner, ça va pleurer.
Hauts et bas, c'est la vie, mais jamais abandon. Stagnation Reversed.
Petit à petit, les t-shirts entre copains prennent l'air de vraies collections.
Collaborations avec des artistes français, anglais, allemands ou américains ; on se croyait seul dans son trou, c'est toute une communauté qui partage les mêmes goûts.
Naissance d'un logo, couturière et étiquettes, Sixpack France prend les contours d'une marque pas comme les autres. Mise en place d'un nouveau genre de démarche, plate-forme de diffusion à intérêts réciproques, tout le monde gagnant.
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Arrivée de la boutique en ligne.
La famille Sixpack s'élargit à de nouveaux membres, Institubes et branchitude, sans le faire exprès, simple histoire de potes.
Expos et pages conso, art et commerce, succès et malentendus. Suceurs et haters.
Rien à foutre, petit bonhomme de chemin, fidélité aux piliers de la maison.
Et fidélité au passé : pour ses 10 ans, Sixpack, avec l'aide de Cody Hudson, revient sur les humeurs jaunes et noires, le début où tout s'est illuminé pour toute une génération.
Acid, visions, révélations.
Tout se relie : comics Crumb, pochettes vinyles Can, ciné Ferrara, télé Twin Peaks ; jazz amphétaminé, funk psyché, punk camé, disco cokée, on a tout compris. Extase des nineties.
1998 - 2008 : cet art de vivre éveillé s'est propagé, les barrières ont éclaté, les distinctions défoncées, l'underground est overground, le hip hop est hi pop.
La décennie Sixpack est celle de la transition, Usenet est devenu web 2.0.
Le vieux monde est mort et il ne le sait pas encore.
Les sous cultures d'avant gouvernent le monde vivant.
Sixpack n'a toujours pas sommeil.
Nouveau tour de sablier.